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John Donne, né le à Londres et mort dans la même ville le , est un poète et prédicateur anglais du règne de Jacques Ier, considéré comme le chef de file de la poésie métaphysique. Son œuvre, d'une grande variété, comprend des poèmes d'amour, des sonnets religieux, des traductions du latin, des épigrammes, des élégies, des chansons et des sermons.

John Donne
Fonctions
Membre du Parlement d'Angleterre
Parlement stérile
Membre du parlement d'Angleterre de 1601
Brackley (d)
Membre du parlement d'Angleterre de 1614
Taunton (d)
Biographie
Naissance
Entre le et le
Londres
Décès
ou
Londres
Sépulture
Cathédrale Saint-Paul de Londres
Formation
Université de Cambridge
Activités
Poète, homme politique, écrivain, auteur-compositeur, traducteur, avocat, pasteur
Père
John Donne (d)
Mère
Elizabeth Heywood (d)
Conjoint
Anne More (d)
Enfants
Constance Donne (d)
John Donne (d)
George Donne (en)
Bridget Donne (d)
Margaret Donne (d)
Elizabeth Donne (d)
Parentèle
Autres informations
Religion
Anglicanisme
Genre artistique
Lieu de détention
Prison de la Fleet
Archives conservées par
Bibliothèque Folger Shakespeare[1]
Bibliothèque Beinecke de livres rares et manuscrits[1]
Middle Temple[1]

Biographie


John Donne est né en 1572 et fut élevé au sein d’une famille catholique. Son père, un forgeron se prénommant lui-même John, mourut en 1576, laissant ses trois enfants et sa femme, Elizabeth. Celle-ci était la fille de l'écrivain et poète John Heywood et d'Elizabeth Rastell, petite-nièce de Sir Thomas More. En 1593, Henry, le frère cadet de John, mourut de fièvre en prison, où il avait été enfermé pour avoir hébergé illégalement un prêtre. Son oncle, Jasper Heywood (1535-1598), prêtre jésuite, fut condamné à l'exil sous peine de mort. Sous le règne d’Élisabeth Ire, la persécution généralisée des catholiques, tant physique que financière, était en effet monnaie courante.

Ayant l'ambition de faire carrière dans les services de l'État, il commença des études de droit à Thavies Inn en 1591 et suivit des études à l’université d'Oxford (à Hart Hall, qui deviendra Hertford College) et à l’université de Cambridge, sans toutefois pouvoir obtenir un diplôme en raison de sa religion catholique. Dans les années 1590, avant ou peu après la mort de son frère, John Donne se convertit à l’anglicanisme.

Il eut par ailleurs l’occasion de voyager sur le continent et, en 1596-97, accompagna le comte d’Essex dans une expédition à Cadix et aux Açores.

En 1598, il devint le secrétaire du Garde des Sceaux Thomas Egerton (lord Ellesmere). Bien qu'il fût très estimé par son protecteur, celui-ci le congédia en 1601, pour avoir épousé en secret sa nièce, Ann More, mariage auquel la famille du lord s'opposait.

Destitué, un temps emprisonné, Donne partagea alors avec sa femme, qui lui donna douze enfants, quatorze années difficiles où se succédèrent en vain les œuvres de circonstance pour gagner la faveur de personnages influents.

Ordonné prêtre en 1615, il devint prédicateur à Lincoln's Inn (1616-1621), poste qu'il abandonna après avoir été nommé doyen de la cathédrale Saint-Paul (1621). Donne acquit, grâce à ses Sermons, dont 160 ont été recueillis, une grande renommée. En 1617, la mort de sa femme va accroître son obsession de la mort mais aussi sa ferveur religieuse. Il mourut en février 1631 après avoir prononcé devant Charles Ier sa dernière prédication, « le Duel de la mort ».


Son œuvre


John Donne était l’un des prédicateurs les plus estimés de son temps, mais il était aussi l’un des plus grands poètes non dramatiques. Il a composé surtout des poèmes d’amour et des sonnets d'inspiration religieuse. Ses Holy Sonnets publiés en 1635 ont été mis en musique pour une voix soliste et piano par la compositrice américaine Louise Talma en 1951-1955.

La majeure partie de l'œuvre poétique de Donne (Satires, 1595-98 – la Litanie, 1609 – Élégies, Chants et sonnets, 1611 – les Anniversaires, 1611-12 – le Nocturne, 1612 – les Lamentations de Jérémie, 1631), suscite aussitôt l'étonnement et l'admiration de ses lecteurs par ses innovations formelles et thématiques. Métaphysique par excellence, la poésie de Donne cultive l'un des procédés fondamentaux de la poésie baroque, le conceit (qu'on peut traduire par « métaphore » ou « figure de rhétorique »), dont la présence systématique à la fin du poème déstabilise le lecteur et l'invite à ressaisir la forme du poème sous sa véritable forme. Le conceit – attesté en Angleterre au XIVe siècle au sens de « conception, notion, idée, pensée », puis, à partir de 1530, au sens de l'italien concetto, d’abord « concept » ou « pensée ingénieuse », puis « mot d’esprit » et « figure de rhétorique » – en rapprochant deux ordres de la réalité, matière et esprit, humain et divin, visible et invisible, projette l'esprit dans le monde de l'immédiateté, temporelle et spatiale, où la distance s'abolit dans le mouvement, et où l'éternité devient concrète.

Samuel Johnson, en 1744, dans The Lives of the Poets, regroupa les poètes métaphysiques anglais tels que George Herbert, Andrew Marvell, Thomas Traherne, Richard Crashaw ou Henry Vaughan sous le nom d'« École de Donne », tant la personnalité, la diversité et l'ampleur de l'œuvre de celui qui devint doyen de la cathédrale Saint-Paul dominèrent son époque.

Prenant le contre-pied d'une tradition qui avait fini par rendre éthéré l'amour, il célèbre l'amour charnel en disant les choses crûment, mais sans jamais exclure la dimension spirituelle de l'union des amants. Apprécié d'Alexander Pope (1688–1744), admiré de Samuel Taylor Coleridge (1772-1834), pour qui il est celui qui a su « tresser en lacs d'amour des tisonniers de fer », Donne fut « redécouvert » au XXe siècle, notamment par Ezra Pound et William Butler Yeats. L'exemplarité de l'œuvre poétique de John Donne, en particulier sur les rapports étroits entre le religieux et le profane, le corps et l'âme qui habitent ces vers complexes et directs, d'une fulgurante intelligence, a aussi marqué le poète, dramaturge, et critique moderniste anglo-américain T.S. Eliot (prix Nobel de littérature en 1948), qui a remis au goût du jour les poètes métaphysiques anglais du XVIIe siècle. Celui-ci vit dans cette poésie érudite et brillante un moment où la « dissociation de la sensibilité », qui allait être la ligne de partage de la modernité, ne s'était pas encore opérée. « Une pensée, pour Donne, était une expérience », a dit T.S. Eliot.

L'un des textes majeurs de John Donne, « No man is an island, entire of itself[2],[3]... » a inspiré le titre du roman d'Hemingway Pour qui sonne le glas[4], mais aussi d'autres artistes extrêmement divers comme Metallica (For whom the bell tolls), Steven Wilson (son groupe No-Man) ou celui du film de Dominique Marchais Nul homme n'est une île :

« Nul homme n’est une île, un tout en soi ; chaque homme est part du continent, part du large ; si une parcelle de terre est emportée par les flots, pour l’Europe c’est une perte égale à celle d’un promontoire, autant qu’à celle d’un manoir de tes amis ou du tien. La mort de tout homme me diminue parce que je suis membre du genre humain. Aussi n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »

 Devotions upon Emergent Occasions, 1624

C'est l'un des textes les plus célèbres de la littérature anglaise. Dire qu’ « aucun homme n’est une île » ne saurait faire une apologie du collectivisme, comme certains[Qui ?] ont voulu le faire croire. C’est une constatation d’évidence. Tout homme est « une part de l’ensemble », grâce à quoi nous bénéficions du commerce et de la culture. « La mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain » : nous en tirons l’enseignement qu’agresser autrui est s’agresser soi-même, c’est une règle morale sans exception et à laquelle nous pouvons souscrire sans réserve, sans toujours voir cependant qu’elle nous impose d’être au service d’autrui.

L'œuvre de John Donne est imprégnée par sa hantise de la mort, souhaitée car elle relie enfin l'Être à l'éternité, ou redoutée car elle le précipite dans le néant. « Quoiqu'il ne soit point douteux que l'Église chrétienne condamne le suicide, il s'est trouvé des chrétiens qui ont voulu le justifier. De ce nombre est le docteur Donne, théologien anglais qui [...] entreprit de prouver que le suicide n'est point défendu dans l'Écriture sainte. » C'est en ces termes que l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert évoque, à l'article « suicide », le Biathanatos de John Donne. Dans ce texte qui fascina Thomas de Quincey et Borges, Donne, invoquant la Bible, interprète comme une mort volontaire le sacrifice du Christ et estime nécessaire « d'encourager les hommes à un juste mépris de cette vie ».

Ses Œuvres ont été réunies à Londres en 1839, 6 volumes in-8.

Un colloque sur « La poésie métaphysique de John Donne » a eu lieu en janvier 2002 à l'Université François Rabelais de Tours. Les « Actes du Colloque », organisé par le Groupe de Recherches Anglo-Américaines, sous la direction de Claudine Raynaud ont été publiés.


Citations


Stay, O sweet, and do not rise!

Stay, O sweet, and do not rise!
The light that shines comes from thine eyes ;
The day breaks not: it is my heart,
Because that you and I must part.
Stay! or else my joys will die,
And perish in their infancy.

Traduction française par Gilles de Sèze :

Reste, ô ma douce, ne te lève pas !

Reste, ô ma douce, ne te lève pas !
La Lumière qui brille vient de tes yeux ;
Ce n'est pas le jour qui perce ; c'est mon cœur qui est percé,
Parce que toi et moi devons nous séparer
Reste, ou sinon toute joie chez moi mourra
Et périra dans sa prime enfance.

_________________________


There shall be no cloud nor sun, no darkness nor dazzling, but one equal light, no noise nor silence, but one equal music, no fears nor hopes, but one equal possession, no foes nor friends, but an equal communion and identity, no ends nor beginnings, but one equal eternity[5] .


Il n'y aura ni nuage ni soleil
Ni obscurité ni éblouissement
Mais une seule lumière.
Ni bruit ni silence
Mais une seule musique.
Ni peurs ni espoirs
Mais une seule possession.
Ni ennemis ni amis
Mais une seule communion.
Ni début ni fin
Mais une seule éternité[6].

Liste des œuvres



Poésie



Prose



Éditions et traductions



Notes et références


  1. « http://discovery.nationalarchives.gov.uk/details/c/F45635 » (consulté le )
  2. Citation complète en anglais : « No man is an Iland, intire of it selfe; every man is a peece of the Continent, a part of the maine; if a Clod bee washed away by the Sea, Europe is the lesse, as well as if a Promontorie were, as well as if a Mannor of thy friends or of thine owne were; any mans death diminishes me, because I am involved in Mankinde; And therefore never send to know for whom the bell tolls; It tolls for thee. »
  3. Le texte en anglais, extrait extrait de la 17ème méditation, est accessible sur Wikisource [ici]
  4. Donne dit bien bell et non knell comme le souligne Franck Lemonde (Préface à Méditations en temps de crise, p. 13). Certains ont pu postuler aussi l'influence du texte d'Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac sur le roman d'Hemingway. La fameuse tirade du nez pourrait avoir été inspirée par des éléments de ce texte, alors même que le véritable Cyrano, contemporain de John Donne, connaissait les œuvres de celui-ci.
  5. (en) John Donne, The works of John Donne. With a memoir by H. Alford; volume 5, sermon, CXLVI, prêché à Whitehall en 1627, John W. Parker, West Strand, (lire en ligne), p. 623
  6. Cité sous forme de poème par Philippe Lançon, Le lambeau , Gallimard, 2018, 512 p. (ISBN 978-2072689079)

Voir aussi


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Bibliographie



Article connexe



Liens externes



На других языках


[en] John Donne

John Donne (/dʌn/ DUN; 22 January 1572[1] – 31 March 1631) was an English poet, scholar, soldier and secretary born into a recusant family, who later became a cleric in the Church of England.[3] Under royal patronage, he was made Dean of St Paul's Cathedral in London (1621–1631).[2] He is considered the preeminent representative of the metaphysical poets. His poetical works are noted for their metaphorical and sensual style and include sonnets, love poems, religious poems, Latin translations, epigrams, elegies, songs, and satires. He is also known for his sermons.

[es] John Donne

John Donne (Londres, 22 de enero de 1572 - 31 de marzo de 1631) fue el más importante poeta metafísico inglés de las épocas de la reina Isabel I (Elizabeth I, en inglés; 1559-1603), el rey Jacobo I (James I, en inglés; 1603-1625) y su hijo Carlos I (Charles I, en inglés; 1625-1642). La poesía metafísica es más o menos el equivalente a la poesía conceptista del Siglo de Oro español de la que es contemporánea. Su obra incluye: poesía amorosa, religiosa, traducciones, epigramas, elegías según la tradición de imitación de los Amores de Ovidio (es decir, en realidad son poemas de amor), canciones y sermones en prosa.
- [fr] John Donne

[ru] Донн, Джон

Джон Донн (англ. John Donne [dʌn][2]; род. между 24 января и 19 июня 1572 года[3], возможно 12 февраля 1572 (1572-02-12) года[4], Лондон — ум. 31 марта 1631 года, там же) — английский поэт и проповедник, настоятель лондонского собора Святого Павла, крупнейший представитель литературы английского барокко («метафизическая школа»). Автор ряда любовных стихов, элегий, сонетов, эпиграмм, а также религиозных проповедей.



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